Écume en gelée
- Claudius

- il y a 2 jours
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Y a plus grand monde.
Plus de cris sur les terrasses.
Le vent reprend sa place.
(photo : Diego Toress)
Les retardataires font le tour des kiosques vides en écartant les jambes.
Des repasseuses traînent des valises dont les coutures se lamentent.
Pas d’histoires ici, aucun risque.
Du temps topographique, bien délimité, rassurant.
Il fait beau, à dire vrai.
Même quand ça sent la poussière.
Même si la mer ne se montre pas souvent sous son plus beau jour.
Au bout d'un sentier bien sinueux, un ruisseau rouilleux fait semblant de chanter, accompagné d’un crissement de sable et de gravier.
Ce n’est pas entretenu du tout : ça se voit autant que ça s’entend.
Une cannette vide barbote dans l’eau grise entre les fantômes des tambours.
On n’entend presque plus l’écho de la tribu.
On oublie déjà les relents de sueurs et le mauvais bourbon.
Tant de bruit, si peu de souvenirs.
C’est chaque fois pareil : au moment de partir, le temps s’agite, comme pour nous en empêcher.
La pluie fouette les devantures de ses mains horribles, aux ongles de chien plantés de travers.
Comme un théâtre qu’on aurait bâti en un soir, dont les décors sont déjà usés, et qui fait des manières en essayant de cacher ses cicatrices.




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