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Journal de Zippo 2 (La descente)

  • Photo du rédacteur: Claudius
    Claudius
  • 29 déc. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 janv.



Je n’ai jamais su apprécier l’hiver, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé.


Zippo, lui, l’a toujours eu en horreur, et il ne manquait pas une occasion de nous le faire savoir. En ville, dans les brumes glaciales de janvier, faut dire qu’y avait souvent de quoi grincer des dents... Les siennes étaient jaunes, et son rictus ne passait jamais inaperçu.

 


Ouais, l’hiver....


« La féérie...  la magie de Noël... les flocons tous blancs...», vous m’direz.

 

Ouais, ouais, ouais...


J’vous répondrai que le blanc, c’est salissant, et qu’la seule vraie magie, c’est l’crédit – et à force de nous l’gonfler, ben ça finit par nous faire perdre, primo, la boule, qu’on s’en désorbite que c’en est indécent et, deuzio, la carte, qu’on a jamais si blanche qu’on pense.

 

L’hiver c’est pas une saison, c’est une business.

Faut être de mauvaise foi, ou franchement hypocrite, pour prétendre le contraire.

Ou alors sportif.

Ou se la jouer banlieue.

Le ski, la planche, tous ces beaux sports divers...

Abonnements, équipement, fringues hors de prix qu’y faut changer tous les ans « paske la tendance, cette saison, ma p’tite madame, c’est parme et orchidée! Du coup, fushia, c’est plus ça du tout, han ! »

 

Un racket, j’vous dit ! Légal, p’têt ben, et encore, mais racket quand même. Les ceuzes que ça branche, et y en a, l’ont déjà reçue en plein pif (la branche, la facture...) avant même de franchir le premier tourniquet, de remonter le moindre monticule.

 

C’que j’y vois moi d’abord, c’est le slalom. Des virages, des détours, des p’tits sautillements insignifiants... La seule chose qu’est droit d’vant, c’est le mur, et vous avez pas fini d’en faire le tour.

Mais c’qu’y faut retenir surtout, c’est la descente.

Pour ça...

On vous avait promis la descente de vot’ vie?

Z’en faites pas, z’allez l’avoir!

Vous verrez : le bas de la pente sera au pied de la lettre.

Des émotions ? À la tonne !

Des sensations fortes ? Les voulez comment ?

Relevées, piquantes, explosives ? Éruption du Vésuve ?

Vous avez l’choix. Enfin, on sait comment vous le faire croire... Pas qu’ce soit bien compliqué, mais enfin, faut y mettre un peu de bonne volonté, monsieur madame, surtout côté récepteur. Comme dans reçu. En face aussi, remarquez. On dit bien : l’émetteur de votre carte... alors concluez ! C’est un peu comme la radio : vous choisissez la station, mais après y a plus le choix que d’vous laisser bourrer l’crâne – ou vider le portefeuille.

 

Moi je dis : ça fera, hein ! Y a des limites !

La consommation, c’est la sommation des cons !

Et d’abord, qu’est-ce qui nous oblige, hein ? Rien du tout !

Et puis les saisons, d’abord, c’est une injustice géographique.

Tant pis pour les nordiques, sibériens et autres hyperboréens qui ne jouissent pas du soleil à l’année et qui se les glacent faute de crédit ou d’une bonne réputation, c’qu’est la même chose. Oui, madame. Et puis enfin, qu’on me dise une fois, l’argent qu’est pas liquide, aqua ça sert ? Ouais, ouais, elle est facile. N’empêche que c’est pas pour rien qu’on vous dit que vos fonds sont gelés...

 

Parenthèse.

Faudrait surtout pas penser que Zippo était blanc comme neige, au contraire, mais alors à un point ! Chacun sa glissade – et sa morale. La sienne était comme un gros chèque en blanc. C’est qu’on a la conscience qu’on mérite, ou qu’on peut s’offrir. Question d’éducation, voudrait-on nous faire croire. Personnellement, je pense que, d’une manière ou d’une autre, les motivations sont toujours d’ordre économique. La vie coûte cher, on nous rabat les oreilles avec ça tous les jours, et quand c’est une vie de merde, c’est cent fois pire. Ceci dit, la mort étant hors de prix, tout ce qui reste au petit peuple, c’est la survie.

 

Ouais, ben, y a pas de pire sourd que celui qui veut rien voir ! Et qui se refout dans la schnouille alors qu’il l’est déjà jusqu’aux ouïes.

Penser avant de dépenser, c’est pourtant pas sorcier !

C’que j’dis, moi, c’est que si tout s’achète, ben c’est parce que tout est à vendre et que tout finit par l’être, et pas seulement les babioles importées de lointains pays où c’qu’on déporte à la tonne. Y en a pour tous les goûts et tous les budgets : des p’tits voyages, des grosses bagnoles... Menus plaisirs et grands frissons ! Guerre et paix : du troc en toc ! Une bonne conscience avec ça ? Ben ça, mes braves gens, on a rien trouvé d’mieux qu’le fric pour museler les scrupules. Plus efficace qu’un tas de sermons, en tout cas.

 

La morale, c’est du luxe, et y en a pas pour tout l’monde!  Perso, j’s’rais même pas étonné qu’un de ces quatre on vienne nous taxer les remords. Ben moi j’vous l’dit tout d’suite :  les miens j’les ai fourgués ça fait une paye, et pour un profit juteux par-dessus l’marché !  J’rajouterai qu’y a plus rien à saisir. Et rien à voir. Alors, chers agents de l’ordre et du désordre et autres subalternes au service de la loi des ultrariches et autres plus-que-bien-nantis, circulez ! Étant donné tout c’qu’y a en circulation de nos jours, vous trouverez bien à vous occuper ailleurs, là où, en fier quoiqu’indigne représentant de la classe des sans-crédit, je vous exhorte à aller vous faire voir de ce pas si bien chaussé.

 

La prochaine fois, avant d’entrer chez des gens qui vous ont pas invités, essuyez vos grosses godasses : dehors c’est sale...




* Zippo est un personnage de roman, donc réel, auquel il m'arrive de prêter ma plume de temps à autre. C'est un homme aux multiples visages, obstiné et de tendance asociale, aux propos souvent incendiaires et qui n'a jamais eu peur de mettre le feu aux poudres. Je l'imagine aujourd'hui, vivant à l'écart, observant le monde et ruminant son fiel...

 
 
 

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